Poète contre poésie

Billets

Je ne connais pas intimement Oriane Jeancourt Galigani. Pourtant je l’aime. La faute à son article dans la revue Transfuge : la poésie est-elle digne de Michel Houellebecq ? à l’occasion de la sortie d’un recueil de ce dernier  « configuration du dernier rivage » (ça, pour les titres, ils ont du talent les deux. A croire qu’ils ont raté leur vocation de publicitaire)

 

Outre de rappeler les « rimes plates, pauvreté du verbe » l’auteure de l’article met en parallèle l’événement  de cette sortie avec celle, beaucoup plus discrète, de l’essai d’un autre auteur, Yves Bonnefoy.

Je vous laisse juger :

Houellebecq in les Hommes :

« les hommes cherchent uniquement à se faire sucer la queue /
Autant d’heures dans la journée que possible /
Par autant de jolies filles que possible« 

Yves Bonnefoy (citations) :

« la poésie est un dévoilement de la vérité » à propos de la poésie encore « cette sorte de foi sans croyances ni illusions » à propos de Keats  » il demande à des rêves très ordinaires d’étouffer ou au moins couvrir l’incessante voix de son inquiétude« 

Quand on prend un  peu de recul on s’aperçoit que l’essayiste soigne mieux sa plume dans l’étude que le poète dans ses vers. Ce qui est un comble ou une preuve flagrante de la valeur des talents en présence.

Mais Oriane va plus loin, se gardant même d’un jugement explicite sur Houellebecq. A l’image de ces musiciens dont il suffit qu’ils appuient sur une touche d’un piano pour que l’on crie au génie, la journaliste décortique et entame son approche de ce qu’appellerai « la logique du non-style »

La pauvreté, le dépouillement et la vulgarité de Houellebecq seraient une volonté de s »affranchir d’une mise en forme élégante pour aller au plus loin du discours de l’auteur qui, comme chacun sait, adore la vie. Elle analyse donc le poème précité dans le détail et conclue de la manière suivante :

« Le nombre de syllabes de chaque vers, les allitérations dentales nous mènent à le reconnaître :  la musique est refusée dans ce poème. Elle n’est pas maladroite ou ignorée, elle est refusée. Michel Houellebcq a voulu écrire un poème qui sonnait mal. Lui que ne croit pas que le monde soit digne de poésie, compose une poésie volontairement exsangue, uniforme, la seule qu’il juge digne des hommes de son époque« 

Plus loin, elle poursuit :

« Rien de neuf chez Houellebecq qui a fait de cette banalité l’univers de son œuvre romanesque »

Preuve s’il en fallait que le style n’est pas la préoccupation chez l’écrivain (un comble à mon avis) puisque cette journaliste y voit même une marque de fabrique sucée par le passé.

Quid de l’art dans ces conditions ? Mon lecteur ne mérite pas que je m’échine à rendre beau ma prose alors je lui sers de la merde. Voilà ce que nous semble nous dire Houellebecq. Et si mon approche de l’auteur se bornait jusqu’à présent à de brefs coups d’oeil à ses romans, je suis atterré de constater qu’en s’y plongeant un peu plus et en lisant ce que d’autres mieux éclairés que moi peuvent écrire sur le sujet, la conclusion reste la même : Houellebecq c’est du non art, de la non littérature dont la seule motivation est le mépris.

J’ai une autre conception de la littérature et des Arts en général, qui élèvent leur auteur et son public à un niveau supérieur de la réalité en la sublimant, que ce soit dans l’absurde ou la beauté. C’est même la quintessence de l’art de rendre beau le plus méprisable ou le plus noble. Que la finalité soit l’extase ou la prise de conscience, on fait passer la chose par le don de soi. Et Houllebecq n’a que son mépris à offrir. Mais je suis bon joueur, je le lui renvoie

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