La merde a du goût (ou pas – le cas Darrieusecq)

Parce que cette fois-ci, elle a le goût amer du mercantilisme quand il est fait sans panache. « Cette fois-ci’ c’est hier soir,

décidé à comprendre ce que les élus -premiers romans- contenaient comme ingrédient miracle pour atteindre le Graal. J’ai donc entrepris d’agrémenter ma liste de course du jour -chez Gibert Joseph, grand libraire du quartier des éditeurs- de premiers romans contemporains. J’avais entendu parler de Marie Darrieusecq dont P.O.L avait tout de suite senti le potentiel (commercial ?). Le premier roman se nomme « truisme », est disponible en Folio, pèse 2 grammes et demi et est facturé 2.90 euro en occasion comme neuf. Le risque n’est pas grand, dire que pour moins du double on a un Mo yan de 500 pages, d’occasion lui aussi.

Et vla que je me plonge dans la lecture de ce roman, traduit dans 30 langues, au succès annoncé retentissant puisque les estimations de vente oscillent entre 300 000 et 1 million d’exemplaires, mettant définitivement à l’abri son auteure dès son premier livre.

Effectivement, l’entame accroche :

« je sais à quel point cette histoire pourra semer de trouble et d’angoisse, à quel point elle perturbera de gens. je me doute que l’éditeur qui acceptera de prendre en charge ce manuscrit s’exposera à d’infinis ennuis. »

Pas mal. Sauf que la suite est d’une platitude sans nom, parsemé de sexe, de stéréotypes (le directeur de parfumerie, l’ingénue masseuse qui masse, pompe, plote… et ne se reconnait comme pêché mignon qu’un goût pour les soutien-gorge.

J’en suis à la page 25 et ce livre m’est une souffrance. Je lis, relis des phrases pour en saisir le sens caché et me dis « si j’étais stagiaire au service manuscrit, ce roman là passerait direct à la corbeille avec une grosse étiquette « fantasme primaire de ménagère ».

Oui, mais P.O.L a flashé. Vla l’énigme. The P.O.L. Alors je me renseigne un peu sur le net et j’apprends que la Marie en est pas à son premier bain dans l’édition : en fait « truismes » est son 6 ème roman, les autres n’ayant jamais été publié. Mais remarqués. Par P.O.L, Grasset et même la prestigieuse collection bleue de J-M Roberts, patron de STOCK.

J’apprends aussi que la fille est loin d’être bête, qu’elle est psychanalyse, a écrit ce roman, en moins de 3 semaines (là où un JE motivé aurait mis une nuit) en même temps que sa thèse, ses études sont prestigieuses. J’apprends aussi que la pauvreté de style de la Marie est chose admise mais qu’elle cartonne en librairie. Enfin, le roman va dériver vers une version archi-sucée de la métamorphose, que l’insupportable contentement de la narratrice sur son physique avantageux va se muer en sainte horreur d’un corps qui se transforme.

Ouf ! j’avais peur d’avoir à me contenter de ces suites lubriques de phrase de 5 mots au plus où la psychanalyse raconte avec naïveté que prêter son corps pour quelques euros met du beurre dans les épinards (en plus de renouveler ses soutifs)

Ma lecture date d’hier soir, le matin même ainsi s’achevait mon deuxième contact avec l’éditeur Dominique Gaultier, des éditions Le Dilettante : » ben oui, me dit-il avec la sagesse d’un Paul Presboilt aux élans dragqueen avec son veston lavande, le fond sans la forme, je dissocie pas »
Il me répondait suite à mon interrogation sur le refus de mon manuscrit « le coeur gauche » dont sa stagiaire du mois avait seulement noté des négligences de forme et un style saccadé, prenant en peine de noter au bic des passages entiers de mon livre, ceux-là même qui ont fait ma gloire au concours d’extrait n°7& 8.

Dégoûté que j’étais de devoir faire semblant de faire comme si j’étais heureux qu’une stagiaire est survolée mon livre, je le suis encore plus de constater que le style, dans ma perception du mot, c’est à dire un élan sublimé les mots, est désespérément absent des succès que notre époque connait dans ses rayons. J’ai feuilleté le nouveau Goncourt : pas renversant. J’ai commencé Joel Dicker, dont on assurait y’a encore 5 jours qu’il serait l’Elu : ça commence comme une série TV, de celle qui vous accroche le dimanche soir sur TF1, ça commence fort, ça promet beaucoup, ça bouffe votre temps, comblant des désirs coupables de luxure, d’évasion à deux francs six sous… pour au final se dire « et si j’avais ouvert un bon bouquin plutôt ? »

prochaine victime : Zeller et « sa fascination du pire »

Je suis déprimé à la seule idée d’avoir à finir la Marie

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