Entretien avec une citoyenne en colère :

Gens, Rencontres

Brigitte Wieser

A l’occasion des 10 ans de RESF (Réseau Education Sans Frontières), sa charismatique fondatrice m’ouvre les portes de son bureau… d’architecte.

Pas de local bondé de sans papiers, juste son lieu de travail, un bureau lumineux installé au cœur du XXème arrondissement de Paris, ce Paris de la mixité qu’elle aime tant. En plus de deux heures d’entretien, son portrait se brosse par touche de colère et de rires. Le temps pour moi de détacher la personne de la personnalité.

– Un pote journaliste voulait faire un portrait de moi un 4ème de couv sur Libération : j’ai refusé. Je ne suis pas l’objet de mon combat !

Dès la prise de rendez-vous, j’étais prévenu : Brigitte Wieser ne parlerait pas d’elle. Je l’ai donc rencontrée avec l’appréhension du journaliste qui sait qu’il va devoir batailler pour s’extraire du discours militant.

Car l’objet de ma venue n’est pas RESF, ce collectif qui agit aujourd’hui sur tout le territoire national pour la régularisation d’enfants et jeunes majeurs scolarisés sans papiers. Mais de RESF, il en sera beaucoup questions au cours de ces deux heures d’entretien :

– Brigitte Wieser est RESF mais RESF n’est pas Brigitte Wieser !

Brigitte a le sens de la formule. Amène et posée, elle m’invite à prendre place sur l’une des chaises qui encadrent son bureau encombré de plans –normal, étant donné sa profession– et de plaquettes RESF. Sur le porte-manteau, le sien porte un badge, RESF bien sûr. Elle opine du chef :

– RESF est présent partout. Vous aussi vous en aurez un bientôt…

Son sympathique collègue acquiesce tout en me proposant un café. Il est en chaussettes et je comprends très vite qu’ici on ne fait pas de façons. Brigitte est joviale dès la première poignée de main et toutes mes appréhensions –Brigitte est une habituée des médias– s’envolent. Après avoir à nouveau décliné l’offre de café –celle de Brigitte– je me présente en évoquant le cas de cette sans papiers à qui je prête assistance en binôme avec un membre de RESF (à qui je dois cet entretien). L’affaire devait durer 1 minute tout au plus, le temps de légitimer ma présence, mais Brigitte s’est déjà emparée du cas :

– Et vous êtes sûr qu’elle n’entre pas dans le cadre de la circulaire Valls ?

Le doigt en suspens sur la touche REC de mon enregistreur, je ne sais plus si je dois prendre des notes pour capturer les précieuses infos débitées tranquillement par Brigitte ou recentrer la conversation sur elle. J’enregistre.

L’interview aurait pu s’arrêter là. Car en 15 minutes Brigitte se dévoile avec une évidence désarmante : son combat prime sur tout.

Quand je lui demande d’où lui est venu cet élan, celui qui a conduit à créer l’antenne parisienne du mouvement en 2004, de sacrifier tout son temps et plus à défendre des enfants sans papiers, elle répond :

– C’est viscéral. Il y a une chose que je ne supporte pas : c’est l’exclusion. Je ne veux pas vivre dans une société basée sur l’exclusion et la méfiance.

– Mais l’exclusion prend plusieurs formes : pourquoi celle-ci, justement ?

– Parce qu’il faut bien se battre pour ce qu’on sait défendre. Nous ce qu’on sait faire c’est mobiliser les écoles. Les sans papiers, j’en bouffe depuis des années. Les textes de lois, les mesures administratives : si le quidam ne voit pas tout de suite ce qui est déterminant dans un passage, avec le temps, moi, oui. Et puis, je suis une militante dans l’âme… (Malicieuse: ) j’ai été élevée par des communistes !

Si son engagement se concentre depuis 10 ans sur RESF il n’a pas attendu le cas d’une élève menacée d’expulsion dans la classe de son fils pour se manifester. Brigitte a toujours été très mobilisée pour les sans papiers.

– J’étais déjà au FCPE de Voltaire (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves) le lycée de mon fils.

Puis, l’index tapotant la table :

– En 1996 à l’Eglise Saint Bernard… j’y étais !

Energique et débonnaire, Brigitte Wieser a cette faculté de passer subrepticement d’une idée à l’autre –et donc d’une émotion à l’autre– sans prévenir, plongeant son interlocuteur dans la houle de ses humeurs, mais toujours avec une voix claire, une intonation douce et il faut bien se concentrer sur les mots pour comprendre sa verve :

– ça fait 60 ans que je suis en colère. Y’a pas de raison que ça s’arrête.

– Mais vous comprenez que ça rebute, ce côté toujours énervé, chez les militants ?

–Je ne suis pas énervée. J’aime pas ce mot (elle en dira plus sur cette aversion plus tard). Je suis en c o l è r e.

Elle me prend à témoin :

– Y’a de quoi, non ? C’est normal, ces familles traquées comme des délinquants ?

Elle cherche dans son portable le texto d’un lycéen : « j’ai trop froid », reprend de plus belle :

– C’est normal ces gosses à la rue ? Si l’opinion publique comprenait ce qu’il se passe, elle basculerait.

– Et c’est ce que vous faites, alerter les médias, porter le discours RESF ?

– Chaque fois que c’est possible. Je vais sur tous les plateaux TV où l’on est invité.

– Vous avez un potentiel médiatique indéniable…

– Je m’en fous. Y’en a d’autres qui se mobilisent et qui sont bien plus médiatiques que moi : vous croyez qu’elle se mouille pas la Béart (Emmanuelle) lorsqu’elle manifeste avec nous à l’Eglise Saint Bernard ? Elle s’est fait virer de chez Dior…  au JT sans maquillage, ça l’a pas fait. Y’a Cali aussi ! Et Berling, Balasko… ça fait plaisir quand ils nous rejoignent n’importe où pour manifester leur soutien aux sans papiers.

– Vous écrivez aussi.

– Mais je préfère 30 secondes au JT de TF1 qu’une page entière dans Libé. Je prends ce qu’il y a de plus utile. Idem pour la presse de droite ; autant sensibiliser ceux qui ne le sont pas.

– Comme cette lettre aux policiers publiée dans le Figaro ?

– Quand on a demandé cette tribune au Figaro (Lettre ouverte aux policiers syndicalistes par BRIGITTE WIESER ET RICHARD MOYON Le Figaro du 14/09/07)  ils ont fait traîner mais on l’a eue.

– C’est important d’élargir votre audience.

– Le même discours RESF depuis 10 ans. Faut bien qu’il rentre.

– Pour une fois j’aimerai bien parler de vous.

– J’aime pas parler de moi. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ?

– Je ne sais pas, les choses que vous faites en dehors du boulot et de RESF par exemple.

– Mais comme tout le monde : je sors, je vois des amis, je vais au cinéma… je me bourre la gueule. (Moue complice) j’adore me saouler  la gueule avec les copains.

– Et vous êtes heureuse dans votre engagement, ça vous épanouit ?

– J’en sais rien !  Je ne me pose pas la question. C’est comme ça. Je ne peux pas vivre autrement qu’en étant solidaire.

– Vous êtes mariée ?

–  Non. J’ai un fils. C’est pas facile de vivre avec un militant. (Court silence de réflexion) C’est mieux quand les deux dans le couple militent.

– Et votre travail ?

– Je travaille parce qu’il le faut bien : 60 ans, profession libérale : j’ai commencé à bosser à 17 ans. Est-ce que je pourrai aller jusque 65 ans ? J’en ai marre. J’ai envie d’arrêter.

– Vous avez vu Samba ?

– Pas un bon film, d’un point de vue cinéphile, juste une accumulation de faits.

– Vous le trouvez réaliste ?

– Oui. Du point de vue du réalisme, très bon boulot. Y’a une réplique qui m’a fait rire, c’est lorsqu’un type balance (en parlant de Charlotte gainsbourg) : « pour une fois qu’une militante n’a pas 85 ans »  ça m’a beaucoup fait rire.

– C’est tellement vrai ? beaucoup de personnes âgées chez RESF ?

– C’est une question de disponibilité. Quand on a des enfants en bas âge c’est difficile de se mobiliser tout le temps. Je suis tous les soirs en réunion moi. Je ne pense qu’à  ça. C’est pénible !

– Vous n’êtes pas pénible du tout.

– Mais si !

Brigitte scande ses défauts qui reviennent comme des convictions.

– Je répète toujours la même chose. Je suis chiante, mais qu’est-ce que je suis chiante ! Prenez les gens de droite –j’en connais pas – ils ne me supporteraient pas 5 minuuuuutes (voix plongeant dans les aiguës).

J’ai de plus en plus de mal à y croire, sans sensibilité particulière à gauche, tant je prends plaisir à l’écouter. Il y a cette appétence naturelle chez Brigitte Wieser prompte à séduire son auditoire alors qu’elle se plait à se caricaturer en permanence. Je relance :

–  Vous êtes allergique à la droite.

–  Tous des cons. Des gens de droite pour la régularisation des sans papiers y’en a pas. A part Etienne Pinte (sénateurs UMP des Yvelines) qui les a toujours défendus.

Brigitte fait de grands mouvements des mains dans le vide, puis croise ses bras, résignée :

–  Je suis devenue une personne publique parce que j’ouvre beaucoup ma gueule.

–  Vous êtes étonnement calme. Je ne m’attendais pas à tant d’aménité dans le discours.

–  J’ai appris à parler calmement et sereinement : la meilleure façon de se faire écouter. Je ne suis pas dans la provoc. (Nouvelle absence) Je ne suis plus dans la provoc’…

–  Je vous trouve plutôt agréable. Vous êtes drôle avec votre sens de la formule (elle avait commencé l’entretien par « Sarkozy ? Il nous a fait un cadeau ! »)

– Je suis obsessionnelle. C’est pas un problème politique : c’est psychiatrique. C’est pas parce que je suis radicale que j’ai perdu des amis, c’est parce que je les fais chier à parler toujours de la même chose ! J’ai perdu plein d’amis depuis que je suis à RESF.

Elle enchaîne, l’œil brillant plein de malices :

–  Mais j’en ai gagnés d’autres.

Je suis sous le charme. Le combat chez Brigitte Wieser est plus qu’une concrétisation de sa révolte : c’est sa nature. Elle a le don pour capter son auditoire :

La voix légèrement cassée, très basse comme lorsqu’elle me chuchote le cas de ces enfants cachés à la campagne, près de Sens, pour lesquels elle organisait des conférences de presse millimétrée avec l’angoisse de voir les flics débarquer.

Gourmande, un ton au dessus lorsqu’elle détaille les rendez-vous, les changements de dernière minute, l’organisation semblable à une mission d’espionnage pour placer les enfants à tel endroit un jour, à tel endroit un autre…

–  RV était donné  à quelques kilomètres d’Orléans. Cinq bagnoles de journalistes attendaient que les enfants démarrent leur conférence de presse.

Des congolais de 14 et 15 ans, Rachel et Jonathan, elle met du temps avant de se rappeler leurs prénoms et nationalités. Son combat dépasse toutes les frontières, la première est l’accent ou la couleur de la peau :

–  Sur tous les dossiers de sans papiers que je traite, je ne suis pas capable de donner un seul nom, une origine. Je regarde pas ça, c’est une personne, point barre.

–  Y’a jamais de déceptions à défendre corps et âmes des gens qui ne le feraient peut-être pas… pour vous ?

–  Mais ils sont comme tout le monde les sans papiers ! Ni plus gentils ou méchants que les autres.

Sur le revers de situation engendrées par cet engagement à ornières, elle me narre le cas d’un type pour lequel elle s’était battue afin d’obtenir sa régularisation et qui, lors d’un repas chez lui avait lancé à Brigitte : « tu sais Brigitte, tu nous fais chier avec tes sans papiers ». Elle achève :

– Il m’a plus jamais réinvitée. Y’a des cons aussi chez les sans papiers. Je ne suis pas obligée de les aimer, ils sont comme tout le monde : chez eux aussi y’a des sales cons . Mais c’est pas pour eux que je fais ça.

–  Pour qui alors ?

–  Pour moi, je vous l’ai dit : je refuse de vivre dans une société sans solidarité.

–  Mais les gens à qui vous venez en aide, ils comprennent tout ça ?

–  Parfois non. Question de culture. Les asiatiques par exemple, ont eu beaucoup de mal à venir nous voir. Pas dans leur mentalité d’être solidaire. Parce qu’on était gratuits on était forcément mauvais. Quand ils ont compris, ils sont venus en masse !

–  Il vous arrive d’en refuser ?

–  Oui, mais c’est rare. Et je m’arrange toujours pour qu’ils finissent par trouver quelqu’un pour s’occuper d’eux. Je ne demande qu’une chose : qu’on me respecte.

–  Vous évoquiez tout à l’heure ce lycéen à la rue qui vous envoyait un SMS désespéré à cause du froid. C’est pas trop dur à gérer comme situation au quotidien ?

–  Bien sûr que si. Mais je me blinde. Sinon, je ne serai plus bonne à rien. J’ai appris à gérer tout ça.

–  Vous ne vous sentez pas coupable quand ils vous envoient ce genre de message et que vous êtes au chaud chez vous ?

–  Pourquoi le ferai-je ? C’est pas à cause de moi s’ils sont traités comme des moins que rien, qu’ils dorment dans la rue, avec des cours à suivre le lendemain. C’est la faute à l’état qui fait pas son boulot. A L’aide sociale à l’enfance aussi !

Brigitte a la parole sûre mais on sent bien que ces situations l’insupportent. Je remets ça :

–  Pas évident de dormir tranquille quand on sait que des gosses dorment dehors…

–  Mais on trouve toujours une solution. Ce garçon (elle me montre son téléphone) deux membres de RESF ont proposé de l’accueillir après ça.

–  Et vous ?

–  Si je prends des gens chez moi ? Jamais. Il faut savoir poser des limites. Sans limites on se laisse vite bouffer par ses émotions. Il faut soi même mettre des limites Si on se laisse déborder on va arrêter de militer parce que c’est trop.  Ma limite perso est que je n’accueille pas de gens chez moi. Y’a des mômes dans la rue que je connais et je les reçois pas. J’ai besoin de me sentir bien pour défendre les autres, pour me battre.

L’adrénaline est toujours présente dans le combat de Brigitte :

–  Je me bats. Les dossiers ça me chier, j’organise des manif’ : la mobilisation c’est le meilleur moyen de faire avancer un dossier. Le préfet, il n’aime pas quand y’a du grabuge.

–  En parlant de grabuge, ça se passe comment sur place avec la police  ?

–  Ça se passe bien. (Regard entendu) même si certains sont plus zélés que d’autres…

–  Mais pour les manifestions non déclarées, vous êtes en situation illégale ?

–  Tout à fait. Je veille à ce qu’il n’y est pas d’incidents et en général ça fonctionne

–  Jamais eu de soucis avec la justice ?

–  L’état ne veut pas nous attaquer, on est reçu dans les ministères, les préfectures alors qu’on n’est même pas une association. (Silence…) Y’a eu quand même une fois un flic qui est venu me voir pour me toucher deux mots -j’étais en train de m’exprimer aux médias- je lui ai dit d’attendre, je pensais qu’il était journaliste. Il a pas du aimer ça parce que j’ai été convoquée tout de suite derrière. Le journaliste à qui je causais a senti le truc, il m’a dit « vous feriez bien d’y aller tout de suite ». Tout dépend du contexte, de la préfecture… L’indépendance entre le procureur et la police c’est un leurre… A un moment Paris c’était l’endroit où il fallait être pour être régularisé, maintenant c’est le pire !

–  Et votre convocation, qu’est-ce que ça a donné ?

–  Rien. Le procureur a classé l’affaire.

– Donc votre réseau, même s’il n’est pas une association reconnue comme telle, est identifiable. Vous êtes identifiable.

–  Bien sûr. Dès lors que l’on s’exprime en public ou qu’on signe un communiqué de presse on représente RESF.

–  En parlant des soutiens de RESF, beaucoup de partis sont signataires RESF…

–  Aucun de droite !

–  Mais l’extrême gauche est présente.

–  Et alors ?

–  C’est pas difficile à gérer lors des manif’, les excités décidés à en découdre avec les CRS ?

–  Nos rassemblements se passent toujours dans le calme. Une fois y’a une jeune –mais extrême, la fille– qui voulait cracher à la gueule d’élus de gauche : on l’a vite recadrée. C’est pas des manières, ça. Evidemment que la gauche nous déçoit, mais c’est pas une raison pour mal les recevoir. D’ailleurs, non seulement on doit les recevoir mais en plus on doit BIEN les recevoir. Ils ont quelque chose à dire.

A côté de cette énergie débordante, ce combat avec les tripes, Brigitte est aussi une femme calme, posée, qui sait donner toutes ses chances aux messages qu’elle porte. L’image confuse des manifestations d’extrême gauche, embrouillée de gaz lacrymogène et d’écharpes nouées autour des yeux s’estompent peu à peu à mon esprit. Elle achève :

–  RESF n’est pas d’extrême gauche.

–  C’est comme ça que Wikipédia décrit le collectif.

–  Et ben Wikipédia dit des conneries ! Nos membres sont avant tout des parents d’élèves de toute sensibilité politique qui se battent pour un gosse, des parents qu’ils connaissent. Le sans papier, c’est le parent qu’ils croisent tous les matins en allant à l’école.

 Brigitte éclate le portrait fatiguant de la militante grande gueule abrutie par ses slogans :

–  Ce que nous voulons c’est que tous les enfants scolarisés et les jeunes adultes scolarisés soient régularisés.

–  Vous n’avez pas peur de lasser l’opinion publique à asséner toujours le même discours ?

– Si j’ai toujours le même discours c’est parce que les choses ne changent pas !

–  Pourquoi ne pas exploiter votre potentiel médiatique pour porter votre combat ?

Brigitte joue l’ingénue :

–  Quel potentiel ?

–  Votre voix, votre charisme… cette écharpe rose !

Brigitte a toujours une écharpe autour du cou si bien que pour la trouver dans les photos de manif’, c’est l’écharpe que je guette… et trouve. Elle se lance alors dans une explication timide sur la nécessité de garder sa gorge chaude au dessous de 28° sous peine d’extinction de voix. J’acquiesce tout en remettant une couche sur sa personnalité à même de créer le buzz. Elle s’agace :

–  Mais je n’intéresse personne ! y’a des personnalités bien plus médiatiques que moi qui supportent RESF. Balasko, quand elle prend la parole, elle, ça compte bien plus que moi !

–  Ça ne vous coûte pas trop ce combat ?

–  Bien sûr que ça nous coûte. Rien qu’en communication, les portables, ça n’a pas toujours été ce tarif, j’en avais pour 200 euro par mois au début.

–  Votre travail ?

–  J’arrive à tout boucler.

–  Vous devez être très organisée.

–  Moi, organisée ? (elle éclate de rire) Plus bordélique que moi tu meurs !

S’ensuit une vague de sourires généreux mais contenus –le menton recule– elle laisse échapper un dernier petit rire et crée une connivence instinctive : Brigitte est une Vamp du cœur.

–  Non, bien sûr que ça coûte. J’ai pas pris un week-end depuis 10 ans. Une semaine de vacances grand max par an. Et puis il y a l’entourage, les amis qui prennent leur distance.

–  Vous disiez avoir perdu plein d’amis. C’est quoi qui ne colle pas avec ces « anciens » amis, vos idées ?

–  C’est moi : les sans papiers, je ne cause que de ça. Ça n’a rien de politique mon combat, il est obsessionnel. Mais je me soigne….

Toujours ce sourire en coin. Impossible de ne pas sourire – ou rire– quand elle balance ça, espiègle la voix sibylline.

–  Je vois un psy, lâche t-elle, comme pour me rassurer.

–  Et vous l’avez converti à RESF ?

Un doigt sur la bouche, irrésistible :

–  Chhhhhhut.

Je ramène le débat à ces coups d’éclats, comme cette lettre aux policiers.

–   Non mais sérieux, ils sont comment les flics dans ce genre de situation ? Ils prennent plaisir à jouer de la matraque ? J’ai été étonné de l’accueil et de la diligence des policiers du XXème arrondissement lors d’une main courante avec la personne que j’assiste.

–   En général ils sont sympas. Mais ça dépend où.

–  Je ne vous cache pas que j’avais peur pour mon amie quand nous nous sommes rendus au poste pour porter plainte contre son concubin qui avait enlevé sa fille : elle n’avait que son passeport thaïlandais à présenter !

–   Les flics n’arrêtent jamais les sans papiers qui portent plainte, mais on conseille d’y aller accompagner…

–   Pas de stigmatisation de la police alors ?

–   Les flics ils sont comme tout le monde. Ils en ont marre. Enfin, y’a plus de flics au FN que de profs.

–   Il n’y a pas de syndicats de police affiliés FN, il me semble.

–  Et Alliance ? C’est pas FN, Alliance ?

–   C’est acté ou c’est vous qui le dîtes ?

–   C’est moi qui le dis (bougonne). Si un flic se revendique FN, ça ne passe pas. C’est l’idée même d’extrême qui ne passe pas. Mais Alliance, c’est extrême droite, pour moi.

–   Jusqu’à présent mon expérience avec la police s’est plutôt bien passée.

–   Ils sont pas tous comme ça. A une émission sur France Inter, le représentant d’un syndicat de police était complètement d’accord avec moi : ils ne font pas ce métier pour embarquer des gosses, des femmes, placer des pères de famille dans des centres de rétention… Tu sais ce qui m’interpelle ?

Oui, Brigitte est passée au tutoiement sans prévenir et j’accueille avec plaisir la connivence.

–   Quand j’évoque le cas d’un jeune adulte en centre de rétention, les gens me disent « il a fait quoi pour se retrouver là ? » Mais il n’a rien fait !  (Elle martèle : )  il n’a rien fait !

–  Vous croyez que si les gens savaient comment sont traités les sans papiers dans ce pays, leur opinion changerait ?

–   Evidemment ! les gens qui se mobilisent dans les écoles, ce ne sont pas des militants. Ce sont des gens comme tout le monde qui se révoltent contre l’exclusion d’un môme dans la même classe que leur enfant ou l’expulsion d’un parent qu’ils croisent tous les matins en allant à l’école !

–   Evidemment, même si RESF se bat pour la régularisation des enfants scolarisés sans papiers, il y a la question de leurs parents aussi.

–   La scolarisation d’un enfant n’empêche pas ses parents d’être expulsés. Dans certaines préfectures, ils embarquaient toute la famille.

–   Idem pour les frères et sœurs ? La régularisation de l’un n’empêche pas l’expulsion de l’autre ?

–  Y’a rien dans la loi qui prévoit le maintien de séjour d’un sans papier si son frère ou sa sœur est régularisée.

–   Dans de grandes agglomérations comme Paris, c’est facile de s’identifier au Chinois, au Black avec qui on a appris à vivre depuis toujours, mais en province, à la campagne, vous comprenez qu’on soit plus hermétique à votre discours ?

–   Tu verrais ce dont ils sont capables dans les petites villes… je suis surprise de voir des parents, des profs apolitiques manifester devant l’école. C’est pas politique comme combat, c’est existentiel.

–  Chaque projet d’expulsion est en soi une question fondamentale ?

–  C’est la solidarité. Je refuse de vivre dans un pays où il n’y a pas de solidarité.

–  Mais les gens que vous aidez, ils en ont conscience de ça ?

–  Pas toujours.

–   Et ça ne vous gène pas, que certains des sans papiers que vous aidez ne le feraient pas pour vous dans d’autres circonstances ?

–   J’ai défendu des jeunes régularisés qui avaient pour seule obsession de faire du fric dans la vie : c’est à l’opposé de ce que je suis. Mais les sans papiers sont des gens comme les autres, y’a des cons chez eux aussi.

–   C’est pas dur de donner autant de soi pour eux ?

–   Mais puisque je te dis que c’est pas pour eux que je le fais : c’est pour moi ! je ne peux pas vivre sans aider mon prochain

–   C’est très chrétien comme philosophie.

–  Peut être, moi je suis profondément athée. Je suis quand même étonnée de ne pas voir les communautés religieuses s’investir sur la question des sans papiers.

–   Vous évoquez souvent votre fils (dont l’âge sert systématiquement de référent pour situer un événement) Il travaille à RESF ?

–   RESF n’est pas un travail, me corrige Brigitte, fermement. (Puis, plus douce, les yeux dans le vide : ) tous les militants ont leur histoire. Quand on a des enfants en bas âge, c’est dur de se mobiliser tout le temps. Mais quand ils sont plus grands, on participe et on rate quelques moments…

–   Ils vous le reprochent ?

–   Tous les militants ont un jour entendu ce discours de leurs enfants : « et moi, dans tout ça ? ». Mais c’est justement là qu’on leur explique : ils ont une chance que d’autres n’ont pas. Tiens, mon fils un jour, excédé de ne pouvoir me toucher deux mots sur un truc qui lui tenait à cœur parce que j’attendais des coups de fils importants –mes coups de fils sont toujours importants quand quelqu’un est menacé d’expulsion– m’a lancée : « il faut que je perde mes papiers pour que tu t’occupes de moi ? »

–   Alors ?

–   Alors, je lui ai expliqué. La solidarité c’est aussi une éducation.

–  Pas de culpabilité ?

–  Pas de culpabilité. Je ne tiendrai pas sinon. Ni pour lui ni pour ceux que je défends. Y’a longtemps que j’ai dépassé le stade de la culpabilité ; On délaisse un peu sa famille, c’est comme ça ; mais on éduque nos enfants en leur disant qu’il faut avoir une certaine générosité

–   Alors votre fils, il milite ?

–   Mon fils ? Non. Quand il était ado, il disait que sa mère militait pour deux. Mais il a ça dans le sang, mon fils, il a toujours été dans la solidarité. Il m’engueulait quand il avait 5 ans si je manquais donner une pièce à un clodo : « mais maman, tu te rends compte qu’il va pas manger ce soir ? » et plus tard, ces étudiants qui venaient à la permanence RESF… c’était lui qui les envoyait.

Elle me précise que RESF existe aussi dans les universités, RUSF. Je profite des confidences pour revenir à mon idée de départ : parler d’elle.

Elle refuse :

–   Je suis insupportable, je saoule tout le monde.

C’était bien mon angoisse, le discours hermétique, le militantisme posé en dogme. D’ailleurs, je lui signale à vingt minutes de la fin, trouvant dans deux heures d’échange le courage de le dire : j’avais dit à Eric (la personne qui nous a mis en relation) que je ne voulais pas de militant.

–  Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? mon combat est viscéral : je suis contre l’exclusion. Alors je suis forcément militante. Moi les gens qui s’indignent et qui ne font rien je comprends pas. Quand un truc te révolte, tu agis !

– Comment se porte RESF aujourd’hui ?

– Bien, malheureusement. Il y a encore beaucoup de boulot à faire. Mais le réseau fonctionne. Prends le parrainage républicain (qui permet à n’importe quel citoyen de s’associer à un élu de sa ville pour aider un sans papier) Lancé en 1997, On a repris ça en 2005 et ça continue… dans les mairies de gauche. Maintenant dans les écoles y’a plus beaucoup de sans papiers. Les gens nous connaissent, quand ils ont connaissance d’un cas ils nous l’envoient directement. Quelque part RESF sert aussi à  ça : décharger le fardeau des autres. Quand on me sollicite je renvoie vers l’antenne FCPE correspondante. Je sers beaucoup de secrétariat.

–  Y’a des antennes partout ?

– Le réseau compte des centaines d’antennes disséminées dans toute la France. Notre combat est très local. Ce sont des gens qui se rencontrent généralement depuis l’école et se mobilisent pour un ou des enfants de leur quartier.

–  C’est un réseau très vaste. Vous n’avez jamais voulu vous organiser de manière plus structurée ?

–  Si on devait être structuré, on l’aurait fait y’a 10 ans. Ça les fait chier en face, notre réseau bordélique. On s’est arrangé pour ne pas avoir besoin de subventions, c’est une force. Ça convient mieux aux militants de RESF de ne pas avoir de décisions prises de manière pyramidales. Donc Zemmour s’emballe pour rien quand il se focalise sur nos soi-disant subventions. Nous avons des permanences dans chaque arrondissement, pas de fonds propres, pas de subvention.

–  Y’en a beaucoup qui trouvent le nombre d’associations trop grand. Certaines sont inutiles.

–  Je veux bien qu’on ne subventionne plus les assoces, mais dans ce cas, que la fonction publique fasse son boulot. Il faut bien des gens pour faire le boulot que la fonction publique ne fait pas : aides à la personne, recherche d’emplois… pourquoi faut il que ce soit des bénévoles qui donnent à bouffer aux gens ? Et puis nous on est dans la lutte, on peut pas être subventionné : ça m’emmerderait d’être subventionnée pour attaquer ceux qui les versent .

–   Vous ne touchez rien ?

–   Nous n’avons pas de permanent, chaque membre participe à sa convenance.

–   Mais… et les locaux ?

–  Quels locaux ? On sous loue un bout de local dans le Xème arrdt à une association. Parce qu’il nous fait bien une adresse postale. Mais c’est tout.

–  Vous êtes très présente sur Facebook, Twitter… c’est vous qui postez et répondez aux messages ?

–  Et qui alors ? J’ai pas de secrétaire !

–  Et les plaquettes, les manif ?

– On est aidé. Evidemment on a besoin de fric pour organiser des actions, d’où les appels aux dons, quand il faut louer un écran géant, payer les assurances… mais c’est essentiellement d’autres mouvements qui prêtent, louent… la CGT, la LDH. On fonctionne comme ça, nous.

–  Donc RESF n’est lié à rien ? Aucune obligation envers des partis ?

– Est-ce que les autres assoces (MRAP, LDH…) attendent des choses de vous ? comme signer en masse des pétitions ?

–   S’il n’y a pas de rapport avec la scolarité on ne signe pas par respect pour les FCPE. La LDH nous aide –je ne suis pas plus qu’une militante de base chez eux– la LICRA… mais c’est des FCPE dont nous sommes redevables. Jamais vous ne m’entendrez me prononcer sur une autre question que les sans papiers scolarisés. Qu’est-ce que vous voulez que je raconte ? J’ai aucune expertise en économie ou politique internationale.

–  Donc RESF. Et c’est tout.

–  Ça ne m’empêche pas d’avoir des convictions personnelles ; mais je les garde pour moi. Pas question d’associer RESF à tout ça. Je suis une voix, dès lors que je fais une déclaration à la presse, j’engage RESF.

–   Et c’est sans risque ?

–  Quand le mouvement a pris de l’ampleur, que je suis passée sur toutes les chaines de télévision le même soir, j’ai reçu des insultes par textos…

–   Vous m’avez donné votre numéro de téléphone très facilement.

–   C’est un mystère pour personne : il est sur google.

–  Et ça ne vous attire pas des problèmes ?

–   Maintenant c’est plus les tweets. Parfois des textos avec des insultes. La première fois ça fout un coup, en 2007 (une chinoise défenestrée pour fuir la police Shun Lan) j’étais sur toutes les TV le même soir : je me suis prise une avalanche de menaces. Les types ne brouillent même pas leur numéro ! Les cons. Mais ça s’arrête là.

–  Avec la crise, les nationalismes s’installent de plus en plus, vous n’avez pas l’impression d’être à contre courant de la tendance ?

–  A contre courant de quoi ? C’est normal qu’on rafle des enfants, des familles à la sortie des écoles ? C’est pas tout un chacun qui doit se sentir choqué de ces situations ? RESF a pris de l’ampleur ces dernières années, les politiques nous reçoivent, y’a des antennes partout en France, les médias nous connaissent. Mais on est pas là pour le plaisir, ça n’a rien à voir avec les idées politiques. Les militants de RESF ce sont des profs, des parents d’élèves : ils ont un lien avec l’école. Notre but est que l’opinion publique bascule ; ce que l’on veut c’est disparaître, comme les restos du coeur : notre mouvement n’a pas vocation à durer.

–   Et vous croyez vraiment à une régularisation massive des sans papiers ?

–   C’est pas une régularisation massive ! ça fait 20 ans que le ministère de l’intérieur balance les mêmes chiffres : entre 200 000 et 400 000 sans papiers. Allez, disons 300 000. C’est massif, ça ? En Espagne, ils sont 800 000 sans papiers ; là, ce serait une régularisation massive.

–  Pourtant le fantasme du sans papier assisté, qui ôte le pain de la bouche du Français est tenace.

–  Foutaise ! les étrangers rapportent à la France. Des études très sérieuses le montrent.

–   Mais… et les emplois non déclarés ?

Rien de mieux que de se faire l’avocat du diable pour la faire réagir. Elle part au quart de tour :

–   Le travail au noir n’est pas exclusif aux sans papiers ! C’est encore un foutu préjugé qu’on a mis dans la tête des gens. Maintenant travail au noir = sans papier. Mais y’a plein de Français qui travaillent au noir.

–   C’est vrai, j’en connais. Vous comprenez que certains puissent être excédés par la somme des aides dont bénéficient les étrangers ?

–   Quelles aides ? le sans papier n’a droit à aucune prestation familiale ! à part l’AME (Aide Médicale d’Etat )

–    Il y a aussi les aides au transport : mon amie paie moins de 20 euro…

–   16.25 euro

–   Soit 5 à 6 fois moins que le tarif pour une carte RATP dézonnée.

–   Mais tous les pauvres y ont droit ! C’est pas normal que l’on aide les gens les plus démunis à circuler pour travailler ? Les transports devraient être gratuits !

–  Revenons aux préjugés. Il y a une vraie culture anti sans papiers en France.

–   La faute à qui ? Aux médias et aux politiques qui jouent là-dessus ! Quand un journaliste commence par « tout le monde sait que… » je sais à quels raccourcis on va avoir droit. On a perdu la bataille de la sémantique : en 2006, le mot expulsion faisait tressaillir le lecteur, le journaliste écrivait « obligation de quitter le territoire ». Aujourd’hui ; le mot expulsion est employé par tout le monde… jusqu’au préfet ! Idem pour « clandestin » : ces personnes ont des montagnes de papiers qu’ils produisent sans arrêt à la préfecture. Moi personnellement, je ne donnerais pas autant de papiers. CE NE SONT PAS DES CLANDESTINS. Et puis ça a un côté effrayant, ce mot… il y a un discours ambiant des politiques et de la presse qui désignent l’étranger comme un ennemi.

–   Quand vous parlez de rafle, c’est pas trop fort ?

–   Le mot existait avec 1942. Se réunir à un endroit donné pour attraper des gens autant telle caractéristique, ça s’appelle une rafle. Quand ils se sont postés à la sortie Belleville (station de métro parisienne où se concentre une forte population d’asiatiques) : ils ont pris tout le monde ! Tout ce qui ressemblait à un Chinois !

Brigitte est rouge, ses mains s’animent.

–   Vous ne voulez vraiment pas que je titre : une citoyenne énervée ?

–   Je ne suis pas énervée, je n’aime pas ce mot. Ça fait Sarko. Sarko, lui est énervé. Moi je suis en colère.

–   Le mot existait avant Sarko.

–   C’est vrai.

–   Et la gauche, Hollande, Valls…. Ça a changé quelque chose ?

–   On n’attendait rien mais on est quand même déçu. Y’a bien la circulaire Valls mais elle expire en 2017. Après c’est retour au Ceseda (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile) Sarkozy. (Son index s’agite) y’a un truc qui est grave avec Valls, c’est pas seulement de faire la politique de Guéant, c’est de laisser penser à l’opinion publique qu’il n’y a pas d’alternative puisque la gauche et la droite font la même politique.

–   Vous avez l’air en colère contre Valls.

–   Il a fait des trucs. Sa circulaire (28 nov 2012) est un premier pas en régularisant les parents cumulant 5 ans de présence et 3 ans de scolarisation.  Mais après ?  Il n’est prévu qu’un toilettage du Ceseda de Sarko. Non : le gouvernement actuel nous déçoit. Valls nous fait du Guéant.  La circulaire n’a pas fabriqué du droit car ce n’est pas une loi, donc non opposable aux tribunaux

–   Vous croyez que le FN peut passer ?

–   Non.

–   C’est une conviction ou un vœu ?

Très grave, voix basse :

–   Je ne peux pas croire que la France passe à l’extrême droite.

–   Bon, bon : revenons à Sarko. Forcément vous ne le portez pas dans votre cœur.

–   J’ai un problème avec tous les gens de droite.

–   Pas avec moi.

Le nez retroussé, le menton chercheur :

–   Pourquoi, vous êtes de droite ?

–   Je ne suis pas de gauche.

–   Vous avez voté Sarko en 2012 ?

–    J’ai pas voté.

Soulagement de Brigitte. Je relance :

–  Et vous ?

–  Je n’ai pas voté Hollande au premier tour.(Silence) A gauche ils devraient travailler à être plus unis.

–   Et la raison pour laquelle vous m’accordez cet entretien c’est de plébisciter votre combat ?

–   Les gens ne sont pas obligés d’être comme moi. Il faut qu’on apprenne aux gens comment sont traités les sans papiers dans ce pays. Ceux qui soutiennent une famille dans leur école, n’auraient pas idée d’aller manifester.

–   Le militantisme c’est pas très couru en ce moment.

–  L’avantage de RESF c’est de pouvoir militer à son rythme. On peut tous faire quelque chose. Je ne comprends pas les gens qui se révoltent devant leur écran le soir ne fassent rien ensuite. Parce qu’ils croient que leur action individuelle ne changera rien. Je comprends pas, moi. C’est peut-être une dévalorisation d’eux-mêmes…

–   On peut tous agir ?

–  C’est la solidarité. C’est quand même mieux de se dire qu’on sert à quelque chose le peu de temps qu’on passe sur cette terre. Il suffit pas de signer une pétition, quand on veut s’engager on s‘engage.

crédit photo : N&B ©Aurore Chaillou/Revue Projet

Une réflexion sur “Entretien avec une citoyenne en colère :

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