Pour en finir avec lui

Billets

A la compilation de mes différentes participations sur des forums d’écriture, je me rends compte que dans les premiers billets parus ici, beaucoup (trop) concernent Houellebecq. Point d’obsession, ou alors j’en suis depuis longtemps guéri (les articles datent tous de plus d’un an et demi).

Mais des interrogations toujours tenaces, dont le succès de cet écrivain est une illustration. 

Question 1 : Faut-il faire de la littérature à idée pour être édité aujourd’hui ?

Il y a plusieurs types de littérature qui marchent aujourd’hui (SF, religieux, témoignages, déballage…) donc mon propos ne tient que pour celui que je convoite, le roman de fiction. Sous couvert d’une descente en règle de romans insipides sur la forme (parmi lesquels ceux de Houellebecq, Zeller et Darrieusecq) je reconnais une volonté de se mouiller un peu chez Zeller, et une trempette incontestable chez Houellebecq. Bien que les deux sont loin de se valoir. Ces écrivains m’intéressent par leur accès à la publication : quel est l’élément déclencheur d’intérêt chez l’éditeur à réception d’un manuscrit d’un parfait inconnu ? C’est donc essentiellement les premiers romans que je décortique.

Il semblerait que les gros éditeurs français reprochent aux prétendants à l’édition un propos égo-centré sur des expériences sans intérêt (cf le retour d’un éditeur sur l’un de mes topics de com, les témoignages de P.O.L, de Roberts…); ou un texte empesé d’un style d’un autre temps, contrairement aux écrivains qui vendent et qui adoptent pour la plupart une perspective divertissante, dérangeante ou originale, dans un style en phase avec l’époque : vif, directe et débarrassé de tout le décorum qui a fait les plus belles pages de notre Littérature. Ce postulat souffre d’exceptions et heureusement, je vise essentiellement les têtes de gondole !

J’invite donc les écrivains en herbe à se poser la question de leur motivation à écrire : pourquoi ? quel message ou impressions veulent-ils transmettre ? Est-ce que cela a déjà été fait, quel est l’apport de leur texte à l’offre actuelle ?

Ce sont, je pense, des questions légitimes, a fortiori pour un éditeur qui connait en plus, des réalités du marché et de ce qui se vend.

Cette perspective de recul sur son projet de roman permet de placer son manuscrit dans la conjoncture des services manuscrits, et donc d’en apprécier le succès ou l’échec auprès des éditeurs.

Jusqu’à il n’y a pas si longtemps la mode était à la confidence impudique (inceste, violence conjugale, relations inavouables… du moi, moi, moi en veux-tu en voilà. Les éditeurs ont été inondés  de manuscrits insipides plus proche du journal intime que du roman. La mode change, le thème est éculé, la crise est bien présente et le roman tend à nouveau à nous distraire ou nous informer, au mieux : nous faire prendre conscience de certaines réalités.

Le plaisir est trop souvent éludé, noyé par l’a certitude de l’auteur que son propos capte à lui seul l’intérêt. D’où les déconfitures quand les lettres de refus affluent.

C’est un impératif que j’invite à prendre en compte : ne jamais lasser le lecteur. Et la mode est de le faire par le propos (l’idée) que par l’esthétisme (la prose).

Je pense que la tournure recherchée et belle d’un récit ne suffit pas aujourd’hui pour être publié, qu’il faut se concentrer sur l’originalité du propos, la construction de la trame dans l’optique d’écrire un véritable « page turner ».

Je fais ce constat en voyant de quoi sont remplis les rayons des libraires aujourd’hui : Musso, Lévy, Nothomb… un style simple qui immerge, un environnement où le quidam se projette instantanément, qui lui parle assez pour que l’identification opère des les premières pages, un dénouement proche d’une série US.

Voilà pour la forme.

Pour le fond, je ne crois pas qu’il y est de quoi relever les impératifs intemporels d’un bon bouquin; raconter une histoire extraordinaire ou très ordinaire sous un angle original. Là où la conjoncture est pernicieuse, c’est qu’il suffit de glisser quelques jugements de valeur équivoque, sur l’Islam ou une personnalité pour en revenir aux deux héros de ce topic^^, pour donner à un récit banal une dimension marchande appréciable. Des idées, oui mais des idées qui choquent ou déballent.

Question 2 : Ces livres si pauvres sur la forme survivront-ils à la postérité ?

Dans la perspective de Houellbecq, qui analyse l’homme (enfin, un certain type d’homme) je ne sais pas. Pour l’instant la dimension supposée de son génie est difficile à appréhender étant qu’il est rejeté en bloc par pas mal de monde, moi le premier. A titre personnel donc, non. Mais une frange de la critique lui prête un certain génie pour pointer du doigt la posture misérable de nos contemporains. Au propos il adjoint la forme puisque celle-ci doit être -dans son concept- accordée au fond, jusqu’à son paroxysme : un style faible pour un propos méprisable. (Pratique quand on en a pas, de style.) Sa poésie est d’ailleurs vivement critiquée

Ce qu’il me manque à la lecture d’un Houellebecq c’est l’empathie au personnage, l’intérêt pour son environnement, une impatience dans le dénouement. 3 éléments qui me semblent essentiels dans un roman de fiction. Ou alors il faut changer de genre, et s’orienter vers la sociologie. Quel plaisir a t-on à lire Houellebecq ?

Mais cette appréciation relève plus d’une certaine conception de la littérature que d’un postulat lancé à qui veut l’entendre. Il n’empêche, pour nous qui écrivons il est intéressant de se poser la question : qu’attend t-on de notre lecteur ? Qu’il passe un bon moment, qu’il se retrouve dans son univers peuplé d’émotions, d’une conception personnelle de notre environnement… ?

Concernant Houellebecq, le mystère reste entier.

Si je considère mes livres de chevet qui ont parcouru les décennies, parfois les siècles, qu’est-ce que je constate ? que l’aventure (Stevenson, Greene), l’échappée (Bradbury) le témoignage romancé de l’Histoire (Hugo, Hemingway), les travers de l’Homme (Faulkner) ou la sublimation de sa nature (Kessel), le détournement de l’humour au profit d’une critique audacieuse (Wilde)  et d’une manière générale tout récit assez généreux pour satisfaire le lecteur tant du point de vue de la forme (l’esthétisme, l’immersion, l’inventivité) que du fond (les ressorts de l’âme comme du coeur, la découverte d’autres milieux) sont une constante.

Donc, non, je ne pense pas que Houellebecq atteindra la postérité (encore moins Zeller) car dans 50 ans peu de lecteurs seront intéressés par la misère existentielle de l’homme en ce début de XXIème siècle et que le livre qui nous marque, nous capte, c’est celui qui saura nous apprendre au détour du plaisir de lire.

Comme dans toute expression artistique une oeuvre atteint l’intemporalité quand elle concentre des  attributs universels : la justesse et/ou la beauté.

Si Houellebecq n’est conservé dans les archives du futur que pour son intérêt purement testimonial d’une époque, je doute qu’il séduise dans l’absolu un lecteur.

En plaçant son récit exclusivement dans les thèmes propres à une époque on l’y borne aussi. Sauf à transcender le genre par une prose éloquente ou des personnages qui fédèrent par leurs qualités universelles.

Et à  y réfléchir, il n’y a pas tant que ça de thèmes qui fédèrent à travers les siècles. Dans le cinéma on avance même l’idée que les films tournent tous autour des mêmes thèmes : l’amour, le pouvoir et la vengeance.

Alors, évidemment, l’auteur d’un chef d’œuvre n’imagine jamais le concevoir  en le créant. Il s’exprime. Je me permets juste ces constats pour aiguiller mes semblables ici, écrivains amateur désireux de « dire » au plus grand nombre : considérer l’attente de son lecteur, le connaitre et tenter de le comprendre, peut aider à l’atteindre.

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